Tous les deux mois, une vidéo YouTube annonce la bande-annonce de Barbarella avec Sydney Sweeney. Tous les deux mois, c’est faux. Le projet existe bel et bien, il est chez Sony et TriStar, Edgar Wright le réalise, et il n’a toujours rien à montrer. Quatre ans après l’annonce, on en est encore au scénario. Voilà où ça en est vraiment, et pourquoi l’original de 1968 rend l’exercice aussi casse-gueule.
Le statut réel, au 13 septembre 2026
Commençons par la seule chose qui compte : le film est vivant, mais il n’est pas tourné, ni même prêt à l’être. En juillet 2026, sur scène au GalaxyCon de Richmond, Edgar Wright a coupé court aux spéculations. Il a expliqué qu’un scénario existe, qu’ils travaillent encore dessus, et qu’il n’y a rien d’autre à dire pour le moment. Développement scénario, point final.
Un mois plus tôt, la nouvelle était pourtant bonne. Le 1er juin 2026, Deadline annonçait que Sydney Sweeney montait sa société de production, Honey Trap, avec un accord de premier regard chez Sony. Et dans la foulée, la confirmation que tout le monde attendait depuis deux ans : Barbarella avance, Wright est bien à la réalisation, Jane Goldman et Honey Kinny Ross écrivent, et Sweeney y travaille déjà dans le cadre du nouveau deal.
La chronologie complète, pour situer :
- Octobre 2022. Sony annonce Sydney Sweeney en tête d’affiche et à la production exécutive. Elle poste la nouvelle sur Instagram. Aucun réalisateur, aucun scénariste attachés.
- Janvier 2023. Jane Fonda confie au Hollywood Reporter qu’elle essaie de ne pas y penser, parce qu’elle s’inquiète du résultat.
- Mai 2024. Edgar Wright entre en négociations pour réaliser. Jane Goldman (Kick-Ass, X-Men : Le Commencement, Kingsman) et sa fille Honey Kinny Ross pour écrire.
- Mai 2025. Sweeney raconte à Empire qu’elle est passée à Londres pour une réunion sur l’histoire et le scénario. Elle prévient : c’est un processus long.
- Novembre 2025. Wright précise sa direction artistique au micro de Josh Horowitz. Dans le même temps, son Running Man se plante : 69 millions de dollars dans le monde pour un budget de 110.
- Juin 2026. Honey Trap, l’accord Sony, et la confirmation que le film avance.
- Juillet 2026. Wright calme tout le monde : on en est au scénario.
Le chiffre qui remet les choses à leur place : le film a été annoncé il y a presque quatre ans, et le script n’est pas terminé.

Non, il n’y a pas de bande-annonce (et les fausses sont partout)
Soyons très clairs, parce que c’est la première question qu’on nous pose. Il n’existe à ce jour aucune image officielle du film. Pas de teaser, pas de bande-annonce, pas d’affiche, pas de photo de tournage, pas de première image promotionnelle. Rien. La fiche AlloCiné du projet affiche d’ailleurs un carré gris à la place du poster, ce qui est plutôt honnête.
Ce qui circule sur YouTube, en revanche, est abondant. Depuis l’été, une série de chaînes publient des « Barbarella (2027) Sydney Sweeney & Edgar Wright » qui ressemblent à des bandes-annonces et n’en sont pas. Ce sont des montages générés par IA, parfois recousus avec des plans piqués à d’autres films. Voici un exemple qui tourne pas mal :
Et une deuxième, au format long cette fois, qui pousse le vice jusqu’à créditer Wright et Goldman au générique :
Le test est simple et il marche à tous les coups : un vrai trailer de studio est mis en ligne par le compte officiel du distributeur, ici Sony Pictures, et il est repris dans l’heure par Variety, Deadline et AlloCiné. Si vous ne trouvez la vidéo que sur une chaîne à trois lettres qui vous propose de rejoindre son Patreon, ce n’est pas un trailer.
Et la date de sortie, alors ?
Officiellement : il n’y en a pas. Ni date de sortie, ni date de tournage. Les chiffres que vous croiserez partout sont des artefacts de bases de données. AlloCiné affiche 2030, Plex affiche 31 décembre 2027 : ce sont des valeurs bouchons que ces plateformes mettent par défaut sur les projets sans calendrier. Aucune des deux n’est une information.
Notre estimation, maintenant, et on assume qu’elle n’engage que nous. Le scénario n’était pas fini en juillet 2026. Comptez plusieurs mois pour le boucler, puis un feu vert de Sony sur un budget qui sera scruté de près après l’échec de Running Man. Ajoutez la préparation d’un film de science-fiction lourd en décors et en effets, quatre à cinq mois de tournage, et une bonne année de post-production. Ajoutez encore l’agenda de Sweeney, qui tourne Gundam en Australie et enchaîne déjà sur d’autres projets jusqu’en 2027.
Résultat : rien avant fin 2028 dans le scénario le plus optimiste, et 2029 est le pari raisonnable. C’est la borne basse qu’on a inscrite sur la fiche du film dans notre catalogue, et on la corrigera dès qu’une vraie date tombera.
Barbarella, c’est d’abord une BD française de 1962
Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter avant Jane Fonda. En 1962, Jean-Claude Forest publie Barbarella en feuilleton dans V Magazine, avant une reprise en album chez Éric Losfeld en 1964. C’est un choc : une héroïne de bande dessinée adulte, qui traverse la galaxie du 41e siècle, couche avec qui elle veut, et ne s’excuse jamais. L’album fait scandale et vaut à son éditeur des ennuis avec la censure.
Forest décrivait son personnage comme une fille libre, sauvage et indépendante, dessinée sur le modèle de Brigitte Bardot. Il lui donnera trois suites : Les Colères du mange-minutes (1974), Le Semble-lune (1977) et Le Miroir aux tempêtes (1982). C’est ce matériau-là, et pas le film, que Wright dit vouloir adapter.

Le film de 1968 : un flop devenu culte
Six ans après l’album, Dino De Laurentiis produit l’adaptation et confie la mise en scène à Roger Vadim, qui offre le rôle-titre à sa femme, Jane Fonda. Le scénario est attribué à Terry Southern, mais sept autres noms finiront crédités, dont Vadim et Forest lui-même, qui travaille aussi sur les décors. Tournage dans la foulée de Danger : Diabolik, autre adaptation de BD du même producteur. Sortie le 11 octobre 1968 à New York, le 25 octobre en France. 98 minutes.
L’histoire tient en une ligne : en l’an 4000, l’astronaute Barbarella est envoyée par le président de la Terre retrouver Durand Durand, savant disparu et inventeur du rayon positronique, une arme qui pourrait ramener le mal dans la galaxie. Sur sa route, un ange aveugle nommé Pygar, la Reine Noire de Sogo, et une machine à orgasmes censée la tuer par le plaisir, qu’elle finit par faire griller à force d’endurance.
À sa sortie, c’est un échec. Le film ne rentre pas dans ses frais, la critique le démolit. Puis les décennies passent et il devient culte, pour ses décors psychédéliques, sa photo de Claude Renoir, ses costumes en plastique et métal, et un érotisme bon enfant qui n’a plus vraiment d’équivalent. Deux anecdotes qui valent le détour : Sophia Loren aurait refusé le rôle avant Fonda, et le groupe new wave Duran Duran a pris son nom au méchant du film.

C’est là que se joue le malaise. Le film a fait de Fonda un sex-symbol mondial à un moment où elle voulait tout sauf ça, et elle en parle depuis avec des sentiments très partagés. Le générique d’ouverture, un strip-tease en apesanteur, reste l’un des plans les plus reproduits du cinéma de science-fiction. La liberté sexuelle de Forest y est devenue un regard de cinéaste sur son actrice. Nuance importante.
Ce que Fonda en dit, et ce que Wright veut en faire
Jane Fonda s’est exprimée deux fois, et son avis a bougé. En 2023 au Hollywood Reporter, elle disait s’inquiéter du résultat, et regrettait d’avoir proposé à De Laurentiis une version véritablement féministe qu’il avait refusée d’écouter. En 2025 dans Vogue, le ton était nettement plus doux : elle ne rejouerait pas le rôle, elle a plein d’idées sur ce qu’un remake pourrait être, elle ne connaît pas Sweeney mais la trouve formidable et pense qu’elle fera une très bonne Barbarella. Elle n’est impliquée d’aucune façon dans le film, ni au casting, ni à la production.
Wright, lui, a donné la seule indication artistique qu’on ait. Interrogé fin 2025, il a expliqué que sa version partirait davantage de la bande dessinée que du film de Vadim. Il aime l’original, qu’il a vu trop jeune, et le trouve beau, drôle et subversif. Mais ce sont les albums de Forest qu’il décrit comme imaginatifs et progressistes. En clair : garder l’invention visuelle et la liberté du personnage, se passer du regard de 1968. C’est à peu près exactement le programme que Fonda réclame depuis vingt ans.
La malédiction des Barbarella qui n’ont jamais existé
Il faut le dire, parce que ça relativise beaucoup l’optimisme : ce projet est hanté. Dans les années 2000, une version devait se faire avec Rose McGowan dans la combinaison et Robert Rodriguez derrière la caméra. Elle est morte en route. En 2014, Gaumont International Television et Canal+ annoncent une série dérivée, écrite par les scénaristes de Skyfall et réalisée par Nicolas Winding Refn. Morte aussi. Le nom de Robert Luketic a également circulé à un moment.
La version Sweeney est donc la troisième ou quatrième tentative sérieuse en vingt-cinq ans. C’est aussi la première à avoir tenu aussi longtemps avec une actrice, un réalisateur et des scénaristes attachés en même temps. C’est encourageant, mais ça n’a jamais suffi.

Les trois signaux à surveiller
Plutôt que de guetter les faux trailers, voici ce qui indiquera vraiment que le film décolle :
- Un deuxième nom au casting. Tant qu’il n’y a que Sweeney, il n’y a pas de film. Le jour où un Durand Durand est annoncé, c’est que le scénario est validé.
- Une date de tournage et un lieu. Les studios britanniques ou hongrois pour un film de cette taille. C’est le signal le plus fiable.
- Une date de sortie posée par Sony. Les studios réservent leurs créneaux deux ans à l’avance. Tant que rien n’est bloqué au calendrier, le film n’est pas lancé.
En attendant, le film de 1968 est toujours disponible en VOD et en Blu-ray, et il vaut largement le détour, y compris pour ce qui a mal vieilli. On garde la fiche du remake à jour à chaque annonce. Et on vous promet qu’on ne relaiera pas de trailer généré par une machine.
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