Le Problème final : pourquoi la nouvelle série puzzle de Netflix a toutes ses chances (et ce que les autres nous ont appris)

Un ancien Sherlock Holmes de cinéma, un hôtel coupé du monde, treize suspects et quatre épisodes. Le Problème final arrive sur Netflix avec de sérieux arguments. On fait le point sur ce qu'on en sait, ce qui pourrait coincer, et ce que les whodunits des cinq dernières années nous ont appris.

Les suspects du Problème final réunis dans le salon de l'hôtel autour d'une silhouette tracée à la craie
Séries Par quentin 9 min de lecture Réagir

On va être honnêtes d’entrée : les séries puzzle, c’est notre faiblesse. Un lieu fermé, une liste de suspects, un cadavre au deuxième acte et un enquêteur qui n’a rien à faire là. Donnez-nous ça et on annule le reste de la soirée. Alors quand Netflix a mis en ligne ce vendredi 25 septembre Le Problème final, une mini-série espagnole où un ancien Sherlock Holmes de cinéma doit résoudre un vrai meurtre dans un hôtel coupé du monde par la tempête, on s’est posé la seule question qui compte. Est-ce que c’est bien ?

Réponse courte : elle a de très sérieux arguments, et surtout elle évite l’erreur qui a tué la moitié des whodunits de ces cinq dernières années. Réponse longue, avec ce qui pourrait coincer et tout ce qui est passé avant elle, juste en dessous.

Ce qu’il faut savoir avant de lancer

Les suspects du Problème final réunis dans le salon de l'hôtel autour d'une silhouette tracée à la craie

Printemps 1959, un îlot au large de Majorque. Une tempête coupe l’hôtel du reste du monde : plus de bateau, plus de téléphone, treize personnes coincées entre les mêmes murs. Elisa Mander, une touriste britannique très discrète, est retrouvée morte. On pense d’abord à un suicide. Ce n’en est pas un.

Parmi les clients, il y a Benjamin Basil, acteur vieillissant venu relancer sa carrière, qui a joué Sherlock Holmes dans une série de films à succès. Il n’a jamais résolu une enquête de sa vie, mais c’est vers lui que tout le monde se tourne. Il accepte, avec Francisco Foxá, un jeune auteur de polars de gare, dans le rôle du Watson. José Coronado joue Basil, Martiño Rivas joue Foxá. Autour d’eux : María Valverde, Maribel Verdú en gérante de l’hôtel, Gonzalo de Castro, Pepón Nieto, Cristina Kovani.

C’est l’adaptation du roman d’Arturo Pérez-Reverte (Alfaguara, 2023). Félix Viscarret, à qui l’on doit une partie de Patria pour HBO, réalise. Quatre épisodes, pas cinq comme on l’a lu un peu partout avant la sortie (y compris chez nous) : 57, 35, 42 et 48 minutes, soit trois heures en tout.

Alors, c’est bien ?

Les premiers retours de la presse espagnole, qui a pu voir la série avant nous, vont dans le même sens. Côté enthousiaste, Espinof la trouve « étrangement addictive » et la présente comme une proposition à part dans le catalogue Netflix. Plus mesuré, Cinemagavia lui met 6/10 : une série « élégante et divertissante », qui a « plus de charme que de profondeur » et dont le mystère se devine un peu trop tôt. Tout le monde s’accorde en revanche sur José Coronado, qui porte la série. Infobae compare le ton à celui d’À couteaux tirés, ce qui est plutôt bon signe pour nous.

Arturo Pérez-Reverte, lui, a vu le premier épisode et s’est dit très satisfait. Ça ne prouve rien sur la qualité, mais les romanciers qui renient publiquement l’adaptation de leur livre ne manquent pas, et ce n’est pas le cas ici.

En clair : ce ne sera probablement pas la série de l’année, mais ça a tout d’un excellent week-end. Et pour une série puzzle, le plus important n’est pas d’être géniale. Il faut surtout être bien construite et savoir s’arrêter à temps.

Pourquoi elle a ses chances

Elle ne dure pas plus longtemps que son énigme

C’est le point le plus important, et on y revient plus bas en détail. Une énigme, ça a une durée de vie : il faut le temps de présenter les suspects, de semer les indices et de révéler le coupable. Si on étire, le suspense retombe. Quatre épisodes et une saison unique, sans rien laisser en suspens pour une éventuelle suite : Le Problème final n’a aucune raison de délayer. Elle n’a pas besoin qu’on la renouvelle pour exister.

Le roman a déjà fait ses preuves

Le livre de Pérez-Reverte a été le titre le plus vendu de 2023 dans les librairies indépendantes espagnoles, et El Español l’a qualifié de livre « magnifique et parfaitement bouclé ». L’énigme est donc déjà construite, déjà validée par un très large public de lecteurs. C’est un avantage énorme sur les whodunits écrits directement pour l’écran, qui découvrent souvent leurs failles en même temps que le public. La série change le décor (le roman se passe en 1960 sur une île grecque, avec neuf personnes coincées au lieu de treize) et renomme ses personnages, mais garde la mécanique.

Un détective qui joue à être détective

C’est ce qui distingue la série de n’importe quel Agatha Christie du dimanche. Basil n’a rien d’un enquêteur : c’est un acteur qui a récité pendant vingt ans les déductions que d’autres écrivaient pour lui. Son nom est un clin d’oeil à Basil Rathbone, le Sherlock Holmes du cinéma des années 1940. Le titre, lui, reprend celui de la nouvelle de 1893 où Conan Doyle envoie Holmes mourir aux chutes de Reichenbach face à Moriarty. Toute la série joue sur cet écart entre le rôle et la réalité, et c’est le genre de trouvaille qui donne une personnalité à une énigme par ailleurs classique. C’est aussi ce qui avait fait le succès d’Only Murders in the Building : des enquêteurs amateurs qui ont appris le métier en consommant de la fiction.

Un casting que l’Espagne connaît par coeur

José Coronado (Goya du meilleur acteur pour No habrá paz para los malvados), Maribel Verdú (Y tu mamá también, Le Labyrinthe de Pan), María Valverde, Martiño Rivas (Les Demoiselles du téléphone) : c’est un casting de premier plan, pas une distribution d’inconnus. Et il y a une règle d’or dans les whodunits : plus chaque suspect est joué par quelqu’un de connu, plus il est difficile de deviner le coupable juste en regardant qui a le plus de temps à l’écran. Ajoutez le savoir-faire de Netflix en Espagne, où la plateforme produit depuis La casa de papel et Élite des séries qui s’exportent dans le monde entier, et le terrain est plutôt favorable.

Ce qui pourrait coincer

La prévisibilité. C’est le reproche de Cinemagavia, et c’est le pire défaut possible pour le genre. Si vous êtes lecteur de Christie, gardez en tête que vous risquez de voir venir la solution. Le plaisir sera alors dans le chemin, pas dans l’arrivée.

Le rythme inégal. Un premier épisode de 57 minutes, un deuxième de 35 : l’écart est inhabituel, et laisse penser que le montage a été resserré en cours de route. Ça peut donner un milieu de saison très nerveux, ou un peu précipité.

Le final hors de l’hôtel. D’après les résumés officiels, le dernier épisode quitte l’île pour résoudre l’affaire sur le tournage d’un nouveau film. Sur le papier, c’est une belle façon de boucler la boucle avec le thème de l’acteur-détective. Mais sortir du huis clos au moment de la révélation, c’est aussi prendre le risque de casser ce qui faisait tenir la tension.

Les séries puzzle avant elle : ce qui a marché, ce qui a cassé

Depuis le succès d’À couteaux tirés en 2019, les plateformes se sont toutes lancées dans le whodunit. Le bilan est très clair quand on le regarde avec un peu de recul.

Celles qui ont tenu

Only Murders in the Building (Hulu aux États-Unis, Disney+ chez nous, depuis 2021) reste l’exception : cinq saisons, un nouveau meurtre par saison, et une sixième qui quitte New York pour Londres. Son secret, c’est que chaque saison est une énigme fermée, et que le vrai fil rouge est le trio d’enquêteurs, pas l’enquête.

Au cinéma, Rian Johnson a appliqué la même logique avec Benoit Blanc : À couteaux tirés, puis Glass Onion et Wake Up Dead Man sur Netflix. Un détective récurrent, une affaire différente et un nouveau casting à chaque fois. Le format anthologie, encore.

Un meurtre au bout du monde (FX, Disney+ chez nous, 2023) a fait le choix de la mini-série dès le départ : sept épisodes, une retraite isolée en Islande, et une fin écrite d’avance. Pas de saison 2 attendue, et donc pas d’annulation.

Celles qui se sont cassé les dents

The Residence (Netflix, 2025) avait tout pour elle : un meurtre à la Maison-Blanche, une enquêtrice excentrique jouée par Uzo Aduba, 85 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes. Netflix l’a annulée après une saison, et le coût de production a clairement pesé dans la décision. Une saison 2 aurait coûté aussi cher qu’une saison 1, sans garantie de faire mieux.

Poker Face (Peacock) et The Afterparty (Apple TV+) ont tenu deux saisons chacune avant l’annulation, avec le même scénario : une première saison saluée, une seconde qui ne retrouve pas l’effet de surprise. Death and Other Details (Hulu, 2024), meurtre en chambre close sur un paquebot, n’a pas dépassé la première saison. Quant à Bodkin (Netflix, 2024), elle n’a jamais été officiellement annulée, mais on attend toujours la saison 2.

La leçon

Le whodunit est un genre qui vit mal la série longue. Une énigme se résout, et une fois résolue, il faut trouver une raison de rester. Les séries qui tiennent sont celles qui ont compris ça dès le départ : soit elles changent d’affaire à chaque saison, soit elles s’arrêtent après une seule. Le Problème final est dans le second cas. En quatre épisodes et une saison, elle ne peut pas être annulée : elle peut seulement être réussie ou ratée.

Notre pronostic

On la lance ce week-end, et on a bon espoir. Entre un roman solide, un casting de premier plan, un format qui ne triche pas et une vraie idée au centre (un faux détective obligé de devenir un vrai), Le Problème final a tout ce qu’il faut pour être le whodunit de la rentrée. Le seul vrai risque, c’est de trouver le coupable avant Basil. Mais pour les amateurs du genre, c’est aussi une partie du plaisir.

Le Problème final, 4 épisodes, en intégralité sur Netflix depuis le 25 septembre 2026. Voir la fiche complète du Problème final, avec le casting, le résumé de chaque épisode et la bande-annonce.

Si vous avez fini en une soirée

Le catalogue ne manque pas d’énigmes cette rentrée. Le Mystère de la chambre jaune revisite sur TF1 le crime en chambre close de Gaston Leroux, avec un Rouletabille devenu femme, dans les Gorges du Verdon. Young Sherlock, chez Prime Video, raconte la première enquête d’un Holmes de dix-neuf ans à Oxford : le complément parfait, puisqu’il s’agit cette fois du vrai. Et Marble Hall Murders conclut la trilogie d’Anthony Horowitz, l’auteur qui a le mieux compris ce qu’on peut faire d’un roman d’enquête dans le roman d’enquête.

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