Retour sur les meilleures sorties cinéma des 24 derniers mois

Deux ans de salles obscures, et un palmarès qui ne ressemble à rien de ce qu'on attendait : des documentaires en tête, un film d'horreur tourné pour 750 000 dollars, et une adaptation d'Homère à 1,1 milliard. Retour sur les films qui ont vraiment marqué les spectateurs.

Bilan des meilleures sorties cinéma 2025 et 2026
Cinéma Par quentin 13 min de lecture Réagir

Deux ans de cinéma, c’est à peu près 250 sorties par an, quelques dizaines de blockbusters, et au final une poignée de films dont on parle encore des mois après. On a repris les notes spectateurs, les chiffres d’entrées et les palmarès de 2025 et 2026 pour reconstituer ce qui a vraiment fonctionné auprès du public français.

Le résultat n’a rien d’évident. En 2025, ce sont trois documentaires ou quasi-documentaires qui trustent le podium des films les mieux notés. En 2026, le carton de l’année n’est ni Marvel ni Disney, mais un thriller horrifique tourné pour le prix d’un spot publicitaire. Et entre les deux, Christopher Nolan a battu son propre record avec un péplum de presque trois heures. Voici le bilan, film par film.

2025 : l’année où le documentaire a doublé les blockbusters

157 millions de spectateurs en salles, 32 films inédits au-dessus du million d’entrées, et un box-office dominé par Disney (Zootopie 2, Lilo & Stitch et Avatar : De feu et de cendres sur le podium). Mais quand on regarde les notes plutôt que les tickets, le classement change complètement de visage.

Muganga, celui qui soigne

Affiche du film Muganga, celui qui soigne de Marie-Hélène Roux

Meilleur film de l’année selon les spectateurs UGC, avec 4,55 sur 5. Sur plus de deux millions de notes attribuées dans le circuit, c’est de très loin le score le plus élevé, devant tous les blockbusters de l’année.

Marie-Hélène Roux y raconte le parcours de Denis Mukwege, le médecin congolais qui a consacré sa vie à soigner les femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo, et qui recevra le prix Nobel de la paix. Isaach de Bankolé porte le rôle-titre, Angelina Jolie est à la production. Pourquoi ça a marché à ce point : parce que le film refuse le biopic illustratif et assume la dureté du sujet sans jamais transformer les patientes en décor. Les spectateurs qui sortent de la salle en parlent en termes physiques plus qu’esthétiques.

La Voix de Hind Rajab

Affiche du film La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania

4,39 sur 5, deuxième du classement UGC. Kaouther Ben Hania construit son film autour de l’enregistrement réel des appels de Hind Rajab, une petite fille palestinienne de six ans piégée dans une voiture à Gaza le 29 janvier 2024, en confrontant des comédiens à la bande sonore authentique. La cinéaste a tourné avec l’accord de la mère de l’enfant.

Le film a reçu une standing ovation de plus de 23 minutes à la Mostra de Venise, la plus longue jamais enregistrée sur le Lido, et a représenté la Tunisie aux Oscars 2026. Ce n’est pas une séance qu’on programme un vendredi soir pour se détendre, et c’est précisément ce qui explique les notes : personne n’y va par hasard, tout le monde en ressort marqué.

Personne n’y comprend rien

4,4 sur 5 sur AlloCiné pour 1 549 notes et 457 critiques : c’est le film français le mieux noté de 2025, tous genres confondus. Le documentaire de Yannick Kergoat succède au Comte de Monte-Cristo au sommet du classement tricolore, ce qui dit assez bien l’écart entre les deux propositions.

Le film a aussi réalisé l’une des meilleures moyennes par séance de l’année (67 spectateurs pour seulement 360 séances), ce qui est le signe caractéristique d’un public qui se déplace exprès plutôt qu’un public qui tombe dessus.

Une bataille après l’autre

Affiche du film Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson

Sorti le 24 septembre 2025, le Paul Thomas Anderson avec Leonardo DiCaprio, Sean Penn et Chase Infiniti a raflé six Oscars en mars 2026, dont Meilleur film, Meilleure réalisation, Meilleur scénario adapté et Meilleur acteur dans un second rôle pour Sean Penn (son troisième).

C’est aussi le cas le plus intéressant de l’année en matière d’écart critique : 4,7 sur 5 côté presse, 3,9 côté spectateurs, pour 1 521 272 entrées en France. Le film a écrasé la saison des prix et fédéré les rédactions, mais il a divisé les salles, entre ceux qui l’ont pris comme un grand film politique et ceux qui ont trouvé le trajet long. Les deux camps s’accordent sur un point : la course-poursuite du dernier acte est la meilleure scène d’action de l’année. À noter aussi le geste technique, un tournage en VistaVision 35 mm, le format horizontal utilisé par Hitchcock sur Vertigo, pour un budget compris entre 110 et 140 millions de dollars, du jamais vu chez Anderson.

Sinners et Évanouis : l’horreur originale reprend la main

Deux films d’horreur sans franchise derrière, deux succès, deux Oscars. Michael B. Jordan a décroché l’Oscar du meilleur acteur pour son double rôle dans le Sinners de Ryan Coogler, devenant le sixième acteur noir à recevoir cette statuette. Zach Cregger, lui, a signé avec Évanouis le phénomène horrifique de l’été 2025 (1 039 303 entrées en France) et offert à Amy Madigan l’Oscar du meilleur second rôle féminin.

Ce double succès a une conséquence directe sur la suite : c’est ce qui a permis à Cregger d’obtenir les clés de Resident Evil pour 2026, et c’est le modèle économique dont s’inspirera Obsession un an plus tard.

Zootopie 2, Dragons, Demon Slayer : le grand public a suivi

Affiche du film Zootopie 2

Contrairement à ce qu’on entend souvent, le public n’a pas boudé les grosses machines en 2025. Il a simplement trié. Zootopie 2 termine numéro un du box-office français avec 6,5 millions d’entrées et 4,37 sur 5 côté spectateurs UGC, avec un vrai discours sur la tolérance derrière le divertissement animalier. Dragons, la version en prises de vues réelles réalisée par Dean DeBlois lui-même, cumule 2,6 millions d’entrées et 4,33 sur 5. Et Demon Slayer : La Forteresse infinie a définitivement fait sortir l’animation japonaise de sa niche avec 1 757 173 entrées et 4,29 sur 5.

À l’inverse, plusieurs franchises ont montré des signes de fatigue nette : Jurassic World : Renaissance (3 millions), Mission: Impossible – The Final Reckoning (2,5 millions) et Superman (1,7 million) ont tous rendu des copies très en dessous de leurs standards.

Les trois qu’il faut encore rattraper

Affiche du film d'animation Arco d'Ugo Bienvenu

Arco (4,3 sur 5), la fable animée d’Ugo Bienvenu produite par Natalie Portman, un conte utopique sur un futur habitable qui a été décrit un peu partout comme un Ghibli à la française. Je suis toujours là (4,36 sur 5), le drame de Walter Salles porté par Fernanda Torres, premier Oscar du meilleur film international décerné au Brésil. Et En première ligne (4,38 sur 5), le film suisse de Petra Biondina Volpe sur une infirmière dans un service en sous-effectif, qui n’a fait que 128 000 entrées et mérite très largement mieux.

2026 : Nolan écrase tout, mais pas seulement

L’année en cours est d’un tout autre calibre : trois films au-dessus des six millions d’entrées avant même la fin du mois d’août, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Et une fréquentation qui tient sur la durée plutôt que sur les seuls week-ends d’ouverture.

L’Odyssée

Affiche du film L'Odyssée de Christopher Nolan

Le film de l’année, à peu près sur tous les tableaux. Sorti le 15 juillet 2026, le treizième long métrage de Christopher Nolan cumule 6 395 470 entrées en France au 18 août et 1,104 milliard de dollars dans le monde en un mois seulement, ce qui en fait le plus gros succès de sa carrière devant The Dark Knight Rises (1,085 milliard).

Côté accueil : 4,3 sur 5 pour 10 405 notes, 4,1 côté presse. C’est le quatrième meilleur score de la filmographie de Nolan sur AlloCiné, derrière The Dark Knight, Interstellar et Inception, et très légèrement devant Oppenheimer. Deux choses expliquent cette tenue : la deuxième semaine n’a perdu que 12 pour cent par rapport au démarrage, signe d’un bouche-à-oreille excellent, et un nombre inhabituel de spectateurs déclarent y être retournés une deuxième fois en version originale. Matt Damon en Ulysse, Anne Hathaway en Pénélope, et un montage non linéaire qui reprend la structure de la tapisserie que Pénélope tisse et défait.

Sorti le 15 juillet 2026, toujours à l’affiche. Voir la fiche complète de L’Odyssée

Spider-Man: Brand New Day

Affiche du film Spider-Man: Brand New Day

6 252 860 entrées en France depuis le 29 juillet, plus de 2 milliards de dollars dans le monde et un nouveau record pour Sony. Le film de Destin Daniel Cretton a signé le neuvième meilleur démarrage de tous les temps sur le territoire.

Là aussi, l’écart de notes raconte quelque chose : 3,2 sur 5 côté presse contre 4,1 côté spectateurs. Les critiques ont trouvé le film mécanique, le public a adhéré au virage plus sombre et plus intime pris par le personnage, un Peter Parker que le monde a oublié et qui regarde ses amis avancer sans lui. Sur ce coup, les deux camps ne regardaient clairement pas le même film.

Sorti le 29 juillet 2026, toujours à l’affiche. Voir la fiche complète de Spider-Man: Brand New Day

Obsession

Affiche du film Obsession de Curry Barker

La plus belle histoire des 24 derniers mois, et de loin. Budget estimé : 750 000 dollars. Recettes mondiales : plus de 300 millions. Entrées en France : 1 748 485. Curry Barker, 26 ans, venu du sketch YouTube et repéré avec le found footage Milk & Serial, sort son premier long métrage en salles le 13 mai 2026 dans 229 copies et repart avec la meilleure moyenne du box-office.

Le pitch tient en une ligne : un jeune introverti met la main sur un objet capable d’exaucer un souhait, et son vœu amoureux tourne au carnage psychologique. Le film obtient 3,9 sur 5 à la fois côté presse et côté spectateurs, ce qui est rarissime, et la comparaison qui revient le plus souvent est celle avec It Follows. Le vrai marqueur du phénomène, ce sont ses courbes : en quatrième semaine d’exploitation, il gagnait encore 40 pour cent d’entrées par rapport à la précédente. Un film d’horreur indépendant, sans franchise, sans star, qui monte semaine après semaine : on n’avait pas vu ça depuis longtemps. Attention quand même, c’est interdit aux moins de 16 ans et ce n’est pas volé.

La Bataille de Gaulle, parties 1 et 2

Le pari le plus risqué de l’année française, et il est passé. Antonin Baudry sort un diptyque historique de 2h40 par volet, L’Âge de fer le 3 juin puis J’écris ton nom début juillet, avec Simon Abkarian en de Gaulle, entouré de Niels Schneider, Benoît Magimel et Mathieu Kassovitz. Cumul des deux parties à la mi-août : 4 962 742 entrées, et le cap des 5 millions est désormais franchi. Budget total, environ 74 millions d’euros, ce qui en fait l’une des productions françaises les plus chères de la décennie.

C’est un des rares films de la période où le public note nettement au-dessus de la presse : 4,4 sur 5 côté spectateurs contre 3,5 côté critiques. La leçon est presque politique : un film d’histoire français en deux parties, long, sans effets pyrotechniques, peut encore remplir les salles pendant tout un été si le sujet parle aux gens.

De la Comédie-Française

Affiche du film De la Comédie-Française

1h15 chrono, aucune star internationale, une sortie au cœur du mois de juillet six mois après ses quatre prix au Festival de l’Alpe d’Huez. Sur le papier, tout était réuni pour que le film de Martin Darondeau et Bertrand Usclat passe inaperçu. Il en est à 940 958 entrées et va franchir le million.

4,0 sur 5 côté spectateurs, 4,1 côté presse, et surtout une moyenne de 844 spectateurs par écran au démarrage, un chiffre qu’on voit habituellement sur des blockbusters. Nina doit livrer sa première mise en scène dans trois heures sur la scène du Français, tout part en vrille, et la règle d’or de la maison veut qu’on n’annule jamais. Une comédie de coulisses tendue comme une corde, portée par la troupe elle-même.

Sorti le 22 juillet 2026. Voir la fiche complète de De la Comédie-Française

Fjord

Affiche du film Fjord de Cristian Mungiu, Palme d'or 2026

Palme d’or 2026, sortie française le 19 août. Cristian Mungiu suit un couple roumano-norvégien très pieux installé au fond d’un fjord, jusqu’au jour où l’école découvre des ecchymoses sur leur fille aînée et où toute la communauté se met à s’interroger.

Trop récent pour figurer dans un bilan chiffré, mais il est là pour une raison précise : c’est le film dont on parlera encore en décembre. Mungiu construit son drame moral en refusant de désigner un coupable et laisse le spectateur se débrouiller avec son propre malaise. Sebastian Stan et Renate Reinsve tiennent les 2h26 sans jamais forcer.

Sorti le 19 août 2026. Voir la fiche complète de Fjord

Les autres gros scores de 2026

Marsupilami a tenu la tête du box-office annuel jusqu’à la mi-août avec 6 146 445 entrées, avant de se faire rattraper coup sur coup par L’Odyssée et Spider-Man. Michael, le biopic consacré à Michael Jackson, a dépassé les 5,2 millions d’entrées pour 4,1 sur 5 côté spectateurs, un succès public massif sur un sujet qui reste, lui, très discuté. Toy Story 5 a franchi les 4,3 millions, dans la continuité exacte de ses prédécesseurs. Et Hamnet, de Chloé Zhao, sorti le 21 janvier, a passé les 500 000 entrées avant même l’Oscar de la meilleure actrice remis à Jessie Buckley.

Ce qu’on retient de ces 24 mois

1. Le réel a pris le pouvoir sur les notes. Trois des cinq films les mieux notés de 2025 sont des documentaires ou des récits directement tirés du réel. Ce n’est pas un accident de classement : c’est le public qui réserve ses meilleures notes aux films qui lui apprennent quelque chose ou qui le remuent, et ses notes moyennes aux films qui le divertissent bien. Deux échelles différentes, appliquées au même barème.

2. L’horreur originale est le genre le plus rentable du moment. Sinners et Évanouis en 2025, Obsession en 2026 : trois films sans franchise derrière, trois cartons, deux Oscars. Obsession a rapporté 400 fois son budget. Les studios ont compris le message, ce qui explique la guerre d’enchères remportée par Sony pour s’offrir Zach Cregger sur Resident Evil.

3. Le bouche-à-oreille compte plus que le week-end d’ouverture. C’est le fil rouge de 2026. L’Odyssée ne perd que 12 pour cent en deuxième semaine, Obsession gagne 40 pour cent en quatrième, De la Comédie-Française fait 844 entrées par écran, La Bataille de Gaulle met des semaines à trouver son public avant de dépasser les 5 millions. Le modèle du démarrage massif suivi d’une chute brutale n’est plus le seul qui fonctionne, et c’est plutôt une bonne nouvelle.

4. Presse et spectateurs ne regardent plus le même film. Une bataille après l’autre : 4,7 presse contre 3,9 public. Spider-Man Brand New Day : 3,2 contre 4,1. La Bataille de Gaulle : 3,5 contre 4,4. Dans les trois cas, l’écart dépasse les huit dixièmes de point. Ce n’est plus une nuance, c’est une divergence de critères, et elle rend les moyennes de notes plus utiles à lire séparément qu’agrégées.

Et maintenant

La rentrée s’annonce chargée : Resident Evil par Zach Cregger le 16 septembre, Verity le 30 septembre, Clayface le 21 octobre, Hunger Games : Sunrise on the Reaping le 20 novembre, puis Dune : Troisième partie et Avengers: Doomsday le même jour, le 16 décembre. Si la tendance des 24 derniers mois se confirme, le film dont on parlera vraiment en décembre 2026 ne sera probablement dans aucune de ces cases.

Chaque titre cité ici et présent au catalogue a sa fiche complète sur le site, avec casting, synopsis et bandes-annonces.

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