Voilà, c’est plié. Dimanche 13 septembre, Dead City a refermé sa saison 3, Maggie et Negan tiennent Manhattan, et on se retrouve tous dans la même position : à la fois soulagés que ce soit bien, et vaguement gênés d’être encore là près de seize ans après le premier épisode de la série mère.
Parce que soyons honnêtes entre nous. Personne ne regarde encore The Walking Dead par exigence artistique. On le regarde parce que c’est notre plaisir coupable du dimanche soir, parce qu’on connaît ces gens depuis 2010, et parce qu’on a une tolérance déraisonnable pour les histoires de gens qui se tapent dessus entre deux hordes. On sait très bien qu’AMC étale le pot de confiture. La vraie question, c’est de savoir si le pot vaut encore le coup d’être ouvert. Spoiler : cette année, plutôt oui.

Ce qui vient de se passer, pour ceux qui ont décroché
La saison 3 fait un truc que personne n’avait vu venir : elle se débarrasse de tout ce qui traînait. Le Croate meurt dans l’épisode 1, mordu, en pleine agonie bavarde. La Dama y passe dans l’épisode 2, de la main de Negan. En deux heures, deux saisons d’intrigue sont liquidées, et la série se retrouve sans méchant, sans quête et sans prétexte.
Du coup elle fait autre chose : elle construit. Maggie et Negan s’installent dans une communauté fortifiée autour d’un hôpital, tenue par la fratrie DeLeon, Renata et Luis. Hershel apprend la médecine. On gère des stocks, on accueille des réfugiés, on répartit les tâches. Pendant cinq épisodes, Dead City devient une série sur la reconstruction plutôt que sur la survie, et c’est là que ça devient intéressant.
Le grand méchant, lui, n’arrive qu’à l’épisode 7. C’est Mason Dillard, le barman un peu allumé qui vivait tranquillement avec deux rôdeurs domestiques qu’il considérait comme sa famille. Negan les abat par accident. Dillard se taillade lui-même le visage, accuse Negan, retourne toute la communauté contre lui, abat Renata et ressort son vieil uniforme de flic. Le basculement est brutal, certains diront trop rapide, mais Jimmi Simpson y est absolument formidable et c’est lui qui fait décoller la fin de saison.
Le final, Tenebrae, s’ouvre sur une sitcom de zombies avec rires enregistrés, vue à travers les yeux de Dillard. Oui, vraiment. Ensuite : hordes lâchées dans les rues, Hershel qui traverse une façade au bout d’une corde, Negan qui plante un couteau dans le ventre de Maggie pour convaincre Dillard qu’elle ne compte pas pour lui, et Maggie qui lui tranche le bras quelques minutes plus tard. Negan finit par le tenir contre lui pendant qu’il meurt. Une semaine plus tard, la communauté a repris son bloc, Negan a un appartement et un badge de chef de la sécurité, Maggie retire son alliance et annonce la suite : il reste quatre arrondissements à prendre.
Le truc qu’il faut retenir : ils ont enfin osé
Le vrai événement de la saison, c’est l’épisode 6, Genesis. Une heure entière dans une réalité alternative où l’épidémie n’a jamais eu lieu. Maggie vit à New York, Negan mène une vie ordinaire, et Beth Greene est vivante. Emily Kinney reprend le rôle plus de onze ans après la mort du personnage, partage un chocolat chaud avec sa sœur dans Central Park, chante une de ses propres compositions dans un bar et finit la soirée en chants de Noël dans la rue.
C’est clivant, évidemment. Une partie des fans a hurlé au hors-sujet. Mais c’est exactement le genre de pas de côté qu’on réclamait depuis des années : une franchise qui arrête de refaire le même épisode et qui se permet un truc formellement bizarre, gratuit, émouvant. Quand on se plaint que la marque tourne en rond, il faut aussi saluer les fois où elle sort du rond.
La critique a suivi, d’ailleurs. Score parfait sur Rotten Tomatoes pour la saison, du jamais vu dans cette nouvelle ère, même si le nombre d’avis recensés reste modeste et invite à ne pas surinterpréter le chiffre. Le public reste plus tiède, mais l’écart s’explique en partie par le rythme hebdomadaire : vu d’un bloc, ça tient beaucoup mieux debout.

Et les comics dans tout ça ? Réponse : plus rien à voir
Question qui revient souvent, et la réponse est plus nette qu’on ne croit : non, ça ne suit plus du tout la bande dessinée, et ça ne la suit plus depuis longtemps.
Le comic de Robert Kirkman et Charlie Adlard s’est arrêté en juillet 2019, au numéro 193, sans prévenir personne. Pas d’annonce, pas de compte à rebours : les lecteurs ont acheté l’album en pensant ouvrir un numéro normal et sont tombés sur la fin. Une des sorties les plus brutales de l’histoire du médium.
Et surtout, la série télé avait déjà divergé massivement avant ça. Carl meurt à l’écran en saison 8, alors qu’il est bien vivant dans les albums, où il devient carrément le personnage central du dernier numéro. Rick quitte la série en saison 9 et revient six ans plus tard dans The Ones Who Live, quand dans les comics il est assassiné au numéro 192.
Le plus drôle, c’est l’épilogue du comic quand on le compare à ce qu’on vient de voir dans Dead City. Dans cette conclusion, située une dizaine d’années après, Maggie est présidente des États-Unis. Michonne est juge à la haute cour. Hershel, devenu adulte, gère un spectacle itinérant de zombies vivants, une sorte de cirque de rôdeurs, et en veut au monde entier que Rick soit resté dans les mémoires et pas son propre père. Negan, lui, vit seul et va poser des fleurs sur la tombe de Lucille, sa femme.
Autrement dit : dans le papier, Maggie gouverne un pays et son fils exploite des zombies comme attraction foraine. À l’écran, elle reprend Manhattan bloc par bloc avec l’assassin de son mari comme chef de la sécurité. Ce sont deux univers complètement séparés, et ça vaut aussi pour Daryl Dixon et The Ones Who Live : tout ce qui se tourne aujourd’hui est du scénario original, écrit après la fin du comic.
Côté papier, il reste quand même deux choses vivantes. The Walking Dead Deluxe republie l’intégrale en couleurs, numéro par numéro, avec de nouvelles couvertures. Et la trilogie Clementine de Tillie Walden, dérivée des jeux Telltale, a bouclé son troisième et dernier tome à l’été 2025. C’est d’ailleurs la branche la plus audacieuse de toute la franchise, et à peu près personne n’en parle.
Où en est le reste de la galaxie

La série mère est terminée depuis novembre 2022, onze saisons, avec une vraie fin. Tout ce qu’on regarde depuis est une extension d’une histoire déjà bouclée, ce qui change un peu la façon de juger le reste.
Fear the Walking Dead s’est arrêtée en 2023 après huit saisons, World Beyond en 2021 après deux, et Tales of the Walking Dead n’a eu qu’une saison d’anthologie. Ces trois-là sont les maillons les plus dispensables, à réserver aux complétistes.
The Ones Who Live reste le sommet critique de la nouvelle ère, et surtout la meilleure leçon que la franchise refuse d’appliquer : six épisodes, un début, un milieu, une fin, Rick et Michonne réunis, terminé. Scott Gimple a expliqué que l’histoire avait été pensée dès le départ comme un format limité, et qu’aucune saison 2 n’est prévue. Il laisse la porte entrouverte pour revoir les deux personnages ailleurs.
Daryl Dixon a prouvé qu’un simple changement de décor pouvait relancer une formule usée. La France, puis l’Espagne, des paysages superbes, moins de personnages, une géographie lisible. La saison 4 sera la dernière.
Dead City est donc, aujourd’hui, le seul spin-off encore réellement en activité. Et personne ne sait s’il continue.
Ce qui arrive, et quand
18 septembre 2026. Cette semaine, donc. The Walking Dead: Streets of Survival sort sur PC, PS5, Xbox Series, Switch et Switch 2. C’est un beat’em up en pixel art à défilement horizontal, très assumé côté références arcade, qui rejoue l’arc Guerre Totale avec Rick, Daryl, Michonne et Negan jouables. Vingt euros en standard, démo gratuite déjà disponible sur Steam. Objectivement, c’est l’idée la plus rigolote qu’ait eue la franchise depuis longtemps.
9 octobre 2026. Panel Daryl Dixon saison 4 au New York Comic Con, sur la grande scène du Javits Center. Reedus et McBride sont attendus. C’est traditionnellement là que tombent les annonces, et il se murmure qu’on y apprendra des choses sur l’après.
2027. Daryl Dixon saison 4, huit épisodes, saison finale. Daryl et Carol traversent une Espagne dévastée, rejoints par Jimmy Smits en ancien officier de marine devenu médecin. Le tournage s’est achevé en juin 2026 entre Madrid, Bilbao, la Galice, l’Andalousie, Ségovie et Tolède. Pas de date précise pour l’instant. À noter que le report de 2026 à 2027 arrange tout le monde : il garantit du contenu Walking Dead l’an prochain, et préserve une série de dix-sept années consécutives sans interruption.
Dead City saison 4 : inconnu. AMC n’a rien commandé, mais n’a pas non plus annoncé de fin, contrairement à Daryl Dixon. Le showrunner Seth Hoffman a plusieurs fois répété qu’il avait des idées prêtes et qu’il pousserait encore plus loin. Lauren Cohan et Jeffrey Dean Morgan, tous deux producteurs délégués, poussent ouvertement. Le conflit de la saison 4, si elle existe, ne porterait plus sur Glenn mais sur la manière de diriger la communauté : deux alliés qui ne sont pas d’accord sur le monde qu’ils construisent. C’est une bien meilleure idée que de rejouer la rancune une quatrième fois.

Les rumeurs, à prendre avec des pincettes
Attention, on passe du côté du spéculatif. Rien de ce qui suit n’est officiel.
Scott Gimple, patron créatif de l’univers, a confirmé en août qu’il y aurait bien d’autres séries. Mais il a aussi dit, en citant ce qui arrive à Star Wars et à Marvel, qu’il n’est pas sûr qu’il y en ait autant qu’avant et que le rythme de sortie va ralentir. Traduction probable : moins de projets, plus espacés, davantage de temps de développement. Après des années de production en flux tendu, ce serait plutôt une bonne nouvelle.
L’idée d’un gros crossover réunissant les personnages des différents spin-off traîne toujours. Gimple ne l’a jamais enterrée, des indices sont semés depuis des mois, mais rien n’a été annoncé. Le retour de Rick et Michonne dans un autre programme reste la piste la plus régulièrement évoquée, sans plus de précision.
Aucun titre de nouvelle série n’a été révélé à ce jour. Tout ce qui circule au-delà relève du fantasme de forum.
Alors on continue ou pas ?
On continue, évidemment. On s’est menti à nous-mêmes trois fois déjà, on ne va pas commencer maintenant.
Mais cette saison 3 valide une intuition : ce qui tue cette franchise, ce n’est pas sa longueur, c’est sa prudence. Dès que quelqu’un ose quelque chose, un dépaysement total comme Daryl Dixon, une histoire qui accepte de finir comme The Ones Who Live, un épisode en réalité parallèle avec une morte qui chante, ça redevient passionnant. Dès qu’on remet deux personnages en face à face pour rejouer le même contentieux, ça s’effondre.
Donc oui, le pot de confiture est largement entamé. Mais tant qu’ils acceptent d’y mettre des choses bizarres, on reprendra une tartine. La suite se joue au New York Comic Con début octobre, et d’ici là il y a un beat’em up à faire.
La fiche complète de la série, avec les trois saisons, les vingt-deux épisodes et le casting à jour, est par ici. Et si vous voulez le point d’étape écrit en cours de saison, il est dans cet article.
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